-----------------

 

 

 

 

 

Ecrivez-moi

Articles de presse

Mardi 1 mai 2007 2 01 /05 /2007 20:56

Article du journal Libération

 

Les magistrats interdits de société civile?

Par DOMINIQUE BARELLA

Ancien membre du Conseil supérieur de la magistrature

Le ministre de la Justice, Pascal Clément, a ordonné une enquête pré disciplinaire sur la magistra­te Josiane Bigot, conseillère à la cour d'appel de Colmar. Outre la coprésidence du comité dépar­temental de soutien à la candidate Ségolène Royal, il lui est reproché des propos critiques contre les propositions institutionnelles du candidat de l'UMP. Sur la méthode tout d'abord,le ministre va se retrouver dans l'obligation d'entamer les mêmes poursuites contre le juge «antiter­roriste» Jean-Louis Bruguière, qui vient de déclarer son appartenance à l'UMP et d'an­noncer sa candidature aux prochaines élections législatives dans plusieurs médias.

Il devra également poursuivre les magistrats qui ont participé à la convention de l'UMP sur la justice. Il devra enfin poursuivre tous les magistrats qui se rendent publiquement à l'église, à la mosquée, au temple ou à la synagogue, sans parler de ceux qui, du Rotary au Lions Club en passant par la franc-ma­çonnerie, s'impliquent dans des cercles plus ou moins philosophiques. Et que dire des magistrats syndiqués, de ceux qui militent dans des associations de défense des consommateurs ou des sans-logis, de lutte contre les OGM, à la Ligue des droits de l'hom­me ou à la section française de l'Observatoire international des prisons, ou dans toute autre association combative?

Alors que l'affaire d'Outreau a prouvé que, plus que jamais, les juges devaient avoir les deux pieds enra­cinés dans la cité et ne pas se couper du peuple fran­çais au nom duquel la justice est censée être ren­due, le ministre de la Justice, Pascal Clément, rêve de magistrats hors sol, éthérés et à l'isolement dans leur palais de justice, protégés de toute incursion de la société civile. Des magistrats apolitiques, aphilo­sophiques, en fait asociaux.

Rendue par des juges coupés de la vie sociale et ignorants des débats qui traversent la société, la justice, en plus d'être muette, deviendrait illégiti­me et totalement sourde et aveugle. Imagine-t-on des cours d'assises composées de jurés et de magis­trats - rendant la justice dans des affaires d'eutha­nasie, de pédophilie, d'autodéfense - totalement étrangers aux débats de société qui, certes, nous divisent, mais nous permettent aussi de confronter nos points de vue?

Alors que le processus pour rendre une décision collégiale de bonne qualité implique des connais­sances préalables, des capacités d'écoute, le respect du contradictoire, le ministre veut-il retirer aux juges le devoir de débattre?

Je suggère donc au ministre de la Justice de faire acheter par son ministère des milliers d'oiseaux pour pratiquer la lecture des entrailles et des tonnes de grains pour solliciter l'avis des poulets sa­crés, comme sous l'Antiquité: il pourra alors faire rendre des décisions moins humaines. C'est cependant de mauvais augure pour la justice. Après Michel Charasse, qui traitait les juges de pingouins, Pascal Clément veut leur couper la pensée. Et pourtant, comme ils sont utiles ces témoignages de justiciables, d'avocats, de magistrats qui, par leurs critiques, font pression pour amélio­rer les lois!

Alors que la commission d'enquête parlementaire sur l'affaire d'Outreau a proposé un nombre impor­tant de réformes qui font consensus, Pascal Clément a échoué à relayer ce formidable mouvement du peuple et de ses représentants unis par une mê­me prise de conscience -mais n'a pas hésité à nommer «son» procureur des Hauts-de-Seine contre l'avis négatif du Conseil supérieur de la magistratu­re - et souhaite que le silence rentre dans les rangs de la magistrature pour que nos concitoyens ne sa­chent plus ce qu'il s'y passe.

Gageons que cette tentative va faire du bruit.

.

Par François - Publié dans : Articles de presse
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Dimanche 6 mai 2007 7 06 /05 /2007 19:05

Le canard enchaîné 

Un casinotier accuse Sarko d'avoir mis des bâtons dans ses roulettes

 Tours de cochon et plaquages de rugbyman sur tapis vert au bord du bassin d'Arcachon

 CHARGES d'accorder les autorisa­tions de fonctionnement des casi­nos, deux ministres de l'Intérieur, Villepin puis Sarkozy, ont fait preuve de favoritisme à l'égard de deux poids lourds du secteur, les groupes Partouche et Bar­rière. C'est ce qu'affirme une plainte contre X déposée, fin mars, comme l'a si­gnalé « Libération » (24/3), par un petit concurrent, la Socodem. En situation pré­caire depuis deux ans et demi, à cause des brimades qu'il a dû subir, selon sa direction, ce groupe vient de procéder à cinq licenciements.

 L'histoire commence en 2002, lorsque la Socodem remporte, au nez et à la barbe des grands du métier, l'appel d'offres lancé par la ville de Gujan-Mestras (Gi­ronde), au bord du bassin d'Arcachon. L'entreprise, jusque-là spécialisée dans l'immobilier, doit construire un ensemble comprenant un casino, un restaurant, une salle de spectacles, etc. Soit un in­vestissement de 5 millions d'euros. Un contrat fort mal vu des concurrents lo­caux, Partouche — qui possède deux éta­blissements, à Arcachon et Andernos — et Barrière, qui règne à Bordeaux.

 En vertu d'une règle étrange, abrogée depuis, l'Etat obligeait encore, en 2002, le promoteur à construire le casino (et le reste) avant de demander l'autorisation de l'exploiter. Le 25 mai 2004, les tra­vaux sont presque achevés, et le préfet de Gironde transmet le dossier, récla­mant le feu vert pour les jeux, avec avis favorable.

 Pas de chance : la Commission supé­rieure des jeux du ministère de l'Intérieur ne se réunit que le 5 octobre. Le groupe Barrière, qui avait déposé, une semaine après Socodem, une requête pour augmenter son parc de machines à sous à Bordeaux, avait reçu, lui, une ré­ponse favorable dès le 30 juin.

 Pour la petite Socodem, c'est niet. Motif (qui n'avait pas arrêté le préfet) : trop de maisons de jeux dans la région. Le mi­nistère a-t-il été sensible aux doléances des élus locaux ? Le maire UMP d'Arca­chon, un proche de Sarkozy (alors à Bercy), est notoirement opposé au projet de Gujan. « Son » casino, qui verse, comme tous les établissements de jeux, 15 % de ses gains à la commune, est en perte de vitesse : trop de concurrence pourrait encore réduire le pactole.

  

 

 

 

 

 

 

 

Impair et manque

 Bien que le tribunal administratif ait — fait rarissime — cassé la décision du mi­nistère de l'Intérieur, l'autorisation n'est pas signée. La Socodem, qui a engagé près de 6 millions d'euros et fait travailler 35 personnes sur le projet de casino, risque la faillite. Plusieurs salariés en­tament une grève de la faim.

 Preuve que la situation n'est pas si blo­quée, un nouveau venu, Bernard Laporte, s'offre à la dénouer. Le sélectionneur du XV de France de rugby est aussi un homme d'affaires. Dans les années 90, il s'est associé à des rugbymen internatio­naux pour acheter puis revendre trois casinos dans la région, à Biscarosse, La­canau et Mimizan.

 Les Renseignements généraux ont pris bonne note de cet autre épisode dans la carrière de Laporte : il a longtemps été l'ami de Robert Fargette, frère de Jean-Louis, parrain du milieu toulonnais as­sassiné en 1993. Robert, dit « P'tit Bert », a subi le même sort en octobre 2000. Au­paravant, Laporte s'était associé avec la mère de Robert dans la gestion d'une SARL spécialisée dans la restauration, « Les Princes ».

 Un soir d'août 2005, comme le raconte « L'Equipe Magazine » du 17 février dernier, Laporte rencontre la directrice de la Socodem et, devant témoins, lui propose de téléphoner au ministère de l'In­térieur. Sarkozy, revenu Place Beauvau en juin 2005, est un ami pour lequel il a tourné un clip de soutien. C'est aussi un voisin : Laporte possède deux campings au Pyla (près d'Arcachon), une station balnéaire où le ministre passe ses va­cances. En échange de ses bons offices en faveur de la Socodem, le sélectionneur propose d'entrer à 50 % dans le casino de Gujan. Refus poli de la directrice.

 Entraves et arrêts administratifs se succèdent pendant près de deux ans, quand, en juin 2006, la Commission ac­corde enfin un droit pour 50 bandits man­chots au casino de Gujan. Le cahier des charges en prévoyait 150, seuil de ren­tabilité de l'ensemble. La saison d'été pa­raît moins gâchée. Sauf que la décision s'applique à partir d'octobre. Là encore, la justice casse cette décision, mais les machines n'arrivent qu'à la fin août.

 

 

 

 

 

Machines à soucis

 Ces désagréments sont-ils le résultat des efforts de Partouche et Barrière pour contrer ce petit concurrent gênant ? Le premier ne manque pas de relais politiques. Et Dominique Desseigne, patron du groupe Barrière, qui connaît bien Vil­lepin, est un intime de Sarkozy. Son lob­byiste attitré n'est autre que Frédéric Lefebvre, proche conseiller de Sarko.

 De là à les accuser d'avoir influencé le ministère... Lequel fait tout de même du zèle : ainsi, en février 2007, le président de la Commission des jeux refuse l'ins­tallation de nouvelles machines à sous réclamées par Socodem. Il explique que le casino de Gujan « a créé une baisse de 20 % du chiffre d'affaires de celui d'Ar­cachon », contrôlé par Partouche.

 C'est émouvant d'entendre un haut fonctionnaire défendre ainsi les intérêts d'une société privée. Peut-être fallait-il éviter que l'enfer du jeu n'embrase la région ?        Jean-François Julliard

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

Par François - Publié dans : Articles de presse
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Jeudi 10 mai 2007 4 10 /05 /2007 21:46

« Si l’Abeille disparaissait de la surface du Globe, l’Homme n’aurait plus que quatre années à vivre : plus de pollinisation, plus d’herbe, plus d’animaux, plus d’hommes »


Albert Einstein

 

 

 

Courrier International

 

 

 

On achève bien les abeilles

 

 

AGRICULTURE . Des milliers de ruches sont transportées l'hiver en Californie pour la pollinisation des amandiers. Une activité très lucrative pour les apiculteurs américains, mais stressante pour les insectes.

 

_ THE SACRAMENTO BEE (extraits)___
Sacramento

 

C 'est la plus grande migration de travailleurs au monde. D'ici à la fin février, près des trois quarts des abeilles commerciales des Etats-Unis se retrouveront dans les ver­gers d'amandiers de Californie pour faire un travail dont elles seules sont capables : recueillir le pollen des fleurs d'un arbre et le déposer dans les fleurs d'un autre. Les apiculteurs auront pour cela déplacé plus de 2 200 semi-remorques chargés de ruches, soit, au bas mot, 10 milliards d'abeilles.

 

"C'est la loi de l'offre et de la demande. C'est ce qui explique tout ce bazar", commente BrentWoodworth. Cet apiculteur venu du Dakota du Nord a véhiculé ses 3 700 ruches en Californie. Pour un mois d'activité dans les vergers, ses abeilles lui rapporteront 520 000 dollars [400 000 euros], soit trois fois plus qu'il y a dix ans. Une augmentation qui s'ex­plique par l'extension de la superficie consacrée aux amandiers et par la baisse de la quantité d'abeilles dispo­nibles. Après la Californie, Woodworth déménagera ses ruches dans l'Etat de Washington pour la pollinisation des pommiers, avant de les ramener chez lui pour la saison du miel.

 

Les importants revenus tirés de la pollinisation – les propriétaires de ruches les "louent" jusqu'à 140 dollars l'unité – ont transformé l'apiculture. Jusqu'à une date assez récente, les pro­fessionnels se consacraient essentiellement à la production de miel et ne déplaçaient guère leurs abeilles. Maintenant, grâce aux juteux contrats de pollinisation des amandiers, nombre d'entre eux tirent l'essentiel de leur chiffre d'affaires de la location du tra­vail des butineuses.

 

 

 

LA MOBILITÉ DES RUCHES AFFAIBLIT LES ABEILLES

 

Si cette activité itinérante rapporte gros à l'apiculture américaine, elle n'a pas pour autant entraîné une augmenta­tion de la population des abeilles. En 2005, le nombre de colonies est tombé à son niveau le plus bas depuis au moins 1939, année des premières sta­tistiques fédérales. Cette tendance inquiète fortement les producteurs d'amandes californiens, qui prévoient une croissance de leur activité de 30 % – à plus de 300 000 hectares – d'ici à 2010. En 2005, la vente de leur récolte leur a rapporté 2,35 milliards de dol­lars, un montant record.

 

Les apiculteurs affirment qu'ils font de leur mieux pour se développer. Mais la plupart peinent déjà à conserver leur population d'abeilles. Partout dans le pays, les ruches sont infestées de mites exotiques qui se nourrissent de larves et infectent les voies respiratoires des adultes. Pis, une mystérieuse maladie a fait son apparition. Il s'agit du syn­drome d'effondrement de la colonie (colony collapse disorder), un mal dont on connaît encore peu de choses et qui décime des colonies entières.

 

La mobilité des ruches est aussi l'une des causes probables de l'affaiblissement des insectes. D'abord, les rassemblements d'abeilles originaires des quatre coins du pays facilitent la propagation des maladies : un parasite transporté par une colonie de Floride peut contaminer un groupe venu du Dakota du Nord. Ensuite, le transport sur de longues distances stresse les abeilles. Certaines en meurent et les survivantes, affaiblies, deviennent vul­nérables aux maladies. Enfin, il n'est absolument pas dans leur nature d'être actives en cette période de l'année. Si les ouvrières de Brent Woodworth n'étaient pas tenues par contrat d'assurer la pollinisation de 28 plantations d'amandiers, elles attendraient actuel­lement la fin de l'hiver, bien serrées les unes contre les autres dans leurs ruches. La population d'une ruche fluctue énormément tout au long de l'année, et c'est justement l'une des raisons pour lesquelles les arboriculteurs paient le prix fort : en février, les abeilles sont rares.

 

La location des colonies – il en faut 5 ou 6 à l'hectare – représente environ 20 % des coûts d'exploitation des pro­ducteurs d'amandes. Comme la super­ficie cultivée continue de croître alors que la population des abeilles ne cesse de diminuer, les tarifs devraient conti­nuer à grimper. C'est pourquoi le sec­teur cherche activement d'autres solu­tions. Certaines espèces d'abeilles, qui ne produisent pas de miel et que l'on n'élève donc pas, promettent d'être de bonnes pollinisatrices. Les chercheurs espèrent également développer une variété d'amandiers autopollinisateurs, mais on en est encore loin.

 

Jim Downing

 

 

Par François - Publié dans : Articles de presse
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Jeudi 17 mai 2007 4 17 /05 /2007 12:34
Promouvoir à tout prix l'accession à la propriété de la classe moyenne (comme le souhaite N Sarkozy), pourrait avoir des effets désastreux. Cette politique est directement calquée sur celle de Bush qui a provoqué des dégâts importants aux Etats-Unis. L'article de Télérama montre à quel point les ménages américains sont dans une situation financière dépendante des organismes de crédit et que le système financier mis en place pourrait s'effondrer. Souhaitons que la politique du logement en France ne prenne pas la même voie.
 
TÉLÉRAMA
LE DÉCLIN D'UN EMPIRE
L’economie américaine va-t-elle s'effondrer ? 

La prospérité apparente des Etats-Unis ne masque plus la montée de l'endettement du pays et des ménages. Des chercheurs s'inquiètent de la chute possible de la première économie du monde.

 

 

 

 

 

Don't let the Jones get you down, ne laissez pas les Jones vous enfoncer, chantaient les Temptations en 1969. Plus précisément : ne cherchez plus à rivaliser avec vos voisins, ça fout votre vie en l'air, entre factures, tranquillisants, endettement... Qua­rante ans plus tard, les Jones sont en pleine forme : un mini-truck Nissan trône probablement devant la maison qu'ils ont achetée à crédit à l'orée du XXIe siècle et dont la valeur a augmenté de 40 % en quel­ques années. Citoyens types de la middle class américaine, les Jones sont d'autant plus confiants qu'ils vivent en Californie, dans ce que le prospectiviste français Jacques At­tali appelle le « neuvième coeur de l'ordre marchand»: Los Angeles a pris le relais de Bruges, Venise, Ams­terdam, Londres, New York.

 

 

Cela s'est joué sur dix ans : en 1971, une nouvelle entreprise, Intel, a mis sur le marché le microprocesseur; en 1976, le jeune Steve Jobs a créé l'Apple I, ordinateur individuel ; en 1979, des étudiants ont utilisé le réseau Arpanet de l'armée américaine pour échanger des données entre ordinateurs. On connaît la suite : les entreprises de logiciels - Microsoft, AOL, Oracle, Google - sont toutes californiennes. L'activité sur le Web constitue 10 % du profit mondial. Internet accélère aussi le dévelop­pement de la finance, qui supplante l'économie réelle : les transactions financières internationales repré­sentent désormais quatre-vingts fois le volume du commerce mondial !

 

 

Résultat : entre 1980 et 2000, pen­dant que l'Europe crée dix millions d'emplois, l'Amérique en crée qua­rante millions ! Et aujourd'hui, le niveau de vie des Américains est su­périeur de 30 % à celui des Européens. A ceux qui seraient tentés d'y voir les miracles de l'« ultralibéra­lisme », le consultant français Alain Villemeur rappelle que si main invisible il y a, ce n'est pas celle du marché, mais celle d'un Etat omni­présent. Dès 1982, le Small Business Act vise à assurer aux PME une part des marchés publics. Dix ans plus tard, Bill Clinton met en place l'in­formatisation de l'administration. « L'Etat intervient tous azimuts, rap­pelle Alain Villemeur, pour obliger les universités et les entreprises à col­laborer, pour orienter les recherches sur les sujets d'avenir, pour soutenir fortement le déploiement des nou­velles technologies, pour refuser une OPA jugée contraire aux intérêts américains. »

 

 

Mais alors, en prédisant en 2003, dans Après l'empire, la « décomposition du système américain », Emmanuel Todd aurait-il eu tout faux ? Rappelons sa thèse : en 1945, l’hégémonie américaine, d'abord bénéfique avec le plan Marshall, s'est installée avec l'accord d'une bonne partie du monde. Mais, obnubilés par leur lutte contre le commu­nisme, les Etats-Unis ont ouvert leur marché aux produits européens et japonais, sacrifiant de larges pans de leur industrie. La globalisation a fait le reste. Entre 1990 et 2000, le déficit commercial américain est passé de 100 à 450 milliards de dol­lars. Le monde produit pour que l'Amérique consomme. Pourquoi, dans ces conditions, le dollar ne s'ef­fondre-t-il pas ? Parce que l'argent du monde continue d'accourir vers les Etats-Unis, avance Emmanuel Todd. L'activité financière y est telle qu'« elle se suffit à elle-même », le profit peut y croître, « déconnecté de la sphère de la production réelle ».

 

 

N'empêche, pour l'auteur d'Après l'empire, la messe est dite : « Qu'est-ce que cette économie dans laquelle les services financiers, l'assurance et l'immobilier ont progressé deux fois plus vite que l'industrie entre 1994 et 2000 ? » Les services comptabilisés dans le PNB américain, sans valeur d'échange sur les marchés interna­tionaux, sont « lourdement suresti­més ». Conclusion : « Nous ne savons pas encore comment, et à quel rythme, les investisseurs européens, japonais et autres seront plumés, mais ils le seront. Le plus vraisemblable est une panique boursière d'une ampleur ja­mais vue suivie d'un effondrement du dollar, enchaînement qui aurait pour effet de mettre un terme au statut "impérial" des Etats-Unis. »

 

 

Cinq ans plus tard, la prédiction d'Emmanuel Todd ne s'est pas réa­lisée. Mais la situation financière de l'Amérique s'est encore aggravée, à cause d'un facteur que Todd n'avait pas prévu - l'émergence de la Chine - et de l'emballement du marché immobilier. Quel rapport entre les deux ? C'est justement ce que nous révèle, dans un fascinant ouvrage, l'anthropologue belge Paul Jorion, installé en Californie, où il est devenu spécialiste du crédit... Revenons aux Jones, puisque c'est d'eux, ces citoyens de la classe moyenne, que parle Paul Jorion. Comme les deux tiers des ménages (contre 40 % en 1945), les Jones sont devenus récemment propriétaires de leur maison. Enfin, pas vraiment : ils ont emprunté 80 % du prix et se sont tournés vers Fannie Mae, orga­nisme semi-gouvernemental qui a hypothéqué leurs murs. Fannie Mae, deuxième entreprise du pays, et son petit frère, Freddie Mac, garantissent à eux seuls pour 4 000 milliards de prêts immobiliers !

 

 

Comme tous leurs compatriotes, les Jones sont affublés depuis 1989 d'une cote de crédit, la « cote Fico », qui situe chaque consommateur en fonction de ses revenus et de son passé d'emprunteur - dettes, retards de paiement, saisies. Par chance, les Jones ont une bonne cote et ont donc obtenu un bon taux. Pour l'heure, on ne leur demande que de verser les intérêts, ils rembourse­ront le capital plus tard... Et comme ils n'ont pas d'économies, la banque leur a proposé un prêt à la consom­mation pour acheter leur Nissan en gageant le « capital captif dans les murs », c'est-à-dire leurs 20 % d'ap­port. La maison se retrouve ainsi entièrement hypothéquée, mais les Jones vont pouvoir l'équiper en mo­bilier chinois ! D'autant qu'on leur a aussi proposé en 2006, à côté de leur carte de crédit classique, une carte au taux moins élevé, mais ga­gée elle aussi sur la maison...

 

 

Bref, les Jones ont beaucoup plus de chance que les Sanchez. Eux, comme la plupart des Noirs et des Hispaniques, ont une mauvaise cote Fico et n'ont pu obtenir qu'un contrat « sub-prime », à un très mau­vais taux, mais sur... 125 % du prix de leur maison. Ils ont donc un « ca­pital propre captif négatif » ! C'est-à-dire une montagne de dettes.

 

 

Ainsi va l'Amérique de Bush :1 % de la population détient un tiers de la richesse du pays, cette infime proportion ayant bénéficié de la moitié de la richesse créée de 1990 à 2006. Les 50 % les moins riches n'en détiennent que 2,8 % : c'est pourtant ces gens-là que le gouvernement Bush a voulu rendre propriétaires, contribuant ainsi massivement à leur précarité. Insolvables, ils sont la proie de compagnies qui tirent parti de leur dénuement :900 000 sai­sies ont été effectuées l'an dernier.

 

 

Pendant ce temps, Freddie Mac a « empaqueté » les milliers de prêts hypothécaires de ces dernières années sous forme d'obligations, lesquelles sont à l'origine d'un nouveau marché financier, coté en Bourse. Et qui achète ces obligations ? Les Chinois, qui, non contents de soute­nir la dette du gouvernement amé­ricain en achetant les bons du Tré­sor, financent désormais de façon massive l'immobilier résidentiel. Pourquoi? « La Chine a encore be­soin de la locomotive que constitue la consommation des ménages améri­cains », répond Paul Jorion. Lesquels ménages ont une dette moyenne égale à 120 % de leur re­venu annuel. A ce niveau de suren­dettement, toute hausse des taux d'intérêt exposerait la moitié de l'Amérique à des difficultés finan­cières très sérieuses.

 

 

Dans son livre, écrit avant l'accélération de la crise immobilière, avant l'effritement du dollar et avant la montée des tensions sino-améri­caines, Paul Jorion cite Jeffrey A. Frankel, professeur à Harvard : « Quand les Orientaux se retireront de nos marchés, les Américains décou­vriront que les taux d'intérêt grim­pent et que la valeur des actifs (valeurs boursières, logements, sociétés) baisse. ' Lorsque d'autres pays ont subi des cri‑ses de ce type, leurs populations ont été prises de panique. » Pour Attali, la fin de l'empire américain ne se pro­duira «pas avant 2025». Mais les phénomènes qu'il décrit - désin­dustrialisation, hypertrophie de la finance, autonomisation d'Internet, crise écologique - semblent déjà bien amorcés. L'Amérique, rappelle

 

 

Emmanuel Todd, « s'est toujours dé­veloppée en épuisant ses sols, en gas­pillant son pétrole, en cherchant à l'extérieur les hommes dont elle avait besoin pour travailler ». Et en s'en­dettant... Une fois tournée la page désastreuse de l'ère Bush, saura-t-elle se sauver et engager à temp une indispensable révolution idéologique ? n VINCENT RÉMY

 

 

 

 

 

Vers la crise du capitalisme américain ? de Paul Jorion,éd. La Découverte, 254 p., 20 C.

 

 

Après l'empire, essai sur la décomposition du système américain, d'Emmanuel Todd, éd. Gallimard/ Folio, 6,60 €.

 

 

La Croissance américaine ou la main de l'Etat, d'Alain Villemeur, éd. du Seuil,150 p., 16 C.

 

 

Une brève histoire de l'avenir,

 

 

de Jacques Attali, éd. Fayard, 423 p.,20 €.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
Par François - Publié dans : Articles de presse
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Dimanche 3 juin 2007 7 03 /06 /2007 09:52

Un compte rendu du conseil municipal de Vanves très intéressant et révélateur de la situation politique actuelle à Vanves.

Ce compte rendu est rédigé par Guy Janvier, conseiller municipal d'opposition et conseiller général des Hauts de Seine. A consulter sur le site de Guy Janvier http://www.guyjanvier.com/2007/06/le_conseil_muni.html

Par François - Publié dans : Articles de presse
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus